Mémoire d'un ancien élève

 

Classe Cours Complémentaire

 

MÉMOIRES D'UN ANCIEN DU CCC*

ou

LE COLLÈGE DES ANNÉES 50

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Je vous parle d'un temps que les moins de 60 ans n'ont pas connu !

 

L'entrée principale, côté cour d'honneur, n'était pas réservée à l'administration et au personnel enseignant, tous les élèves passaient devant la loge de la concierge (actuellement bureau du Principal), traversaient le bâtiment pour rejoindre la cour. Sans bruit ni bousculade. Et il n'y avait pas de surveillants. Pas de secrétariat ni de gestionnaire non plus.

 

Le collège n'était alors qu'un cours complémentaire à l'école primaire de Cité qui scolarisait les élèves du CP ** à la classe de troisième avec un cycle court qui débouchait sur la classe de fin d'études où l'on préparait, en deux ans, le vénérable certificat d'études ouvrant directement sur la vie active, la plupart du temps par la voie de l'apprentissage. On connaît des jeunes qui ont, par la suite, fait une belle carrière dans le commerce ou l'artisanat, souvent plus lucrative que celle de leurs camarades devenus instituteurs ou professeurs.

 

A noter que le CC n'était pas encore mixte ; pour ménager nos juvéniles hormones, les filles allaient à Jean Jaurès et nous n'avions guère l'occasion de les croiser, même pas à l'occasion des fêtes scolaires !

 

Les « meilleurs » élèves des CM2**, choisis et préparés par leur instituteur, passaient l'examen d'entrée en sixième qui leur permettait d'aborder des études secondaires jusqu'à la troisième dite A couronnées par le BEPC (on dirait maintenant Brevet des collèges) qui se déroulait à Carcassonne et dont les épreuves écrites et orales duraient deux jours !

 

L'établissement scolarisait non seulement les élèves de la ville mais aussi ceux des villages environnants : Coursan, Cuxac, Névian, Ouveillan, jusqu'à La Nouvelle ! A midi, pas de cantine pour les accueillir avec leur gamelle mais une simple salle de l'école Jules Ferry ; l'époque ne se souciait pas encore des équilibres alimentaires ou des régimes spéciaux...

Pour se chauffer, un poêle à charbon dans chaque classe que les élèves dignes de confiance -j'eus cet honneur une fois, étaient chargés d'alimenter en remplissant le seau dans la cave sous le perron, sinistre endroit où personne n'avait envie de s'attarder. Ce poêle antique trônait au milieu de la salle, nous avions donc le chauffage central !

 

L'orientation, sous la seule responsabilité des maîtres du CC (jamais les parents n'ont eu leur mot à dire sur l'avenir de leur progéniture !), consistait en un « redoublement » de la troisième soit en B (préparation exclusive du concours de l'école normale) soit en C où plusieurs concours s'offraient au choix des élèves : PTT (ce n'était pas encore la Poste), SNCF, douanes et même écoles militaires ! J'ai connu un bon camarade devenu ingénieur après être passé par Saintes et Rochefort. Bref, notre petit CC, grâce à une équipe d'enseignants motivés, donnait un métier à quasiment tous les élèves ; au prix, il est vrai, d'une discipline rigoureuse qui serait difficilement supportée par les collégiens d 'aujourd'hui. Le travail était copieux, les punitions fréquentes -surtout la première année, et certains professeurs dont je tairai charitablement les noms, avaient la main lourde. Je garde l'image du directeur, Monsieur Alary, suspendu à la cloche comme s'il voulait l'arracher, sonnant avec jubilation la fin de la récréation ; je ne l'ai jamais entendu faire un compliment mais je garde en mémoire maints épisodes de sa sévérité parfois excessive. Un exemple ? Ayant rendu un devoir de physique-chimie au demeurant bien écrit et dont les réponses -pour une fois, étaient justes, j'ai récolté un zéro pour ne pas avoir tracé les traits de la marge.… Cela ne s'oublie pas.

Mais aussi, combien de leçons gratuites avant et après la classe, combien d'exercices et combien de versions supplémentaires pour nous entraîner au concours de l'école normale ! Bachotage ? Certes, mais au terme de la scolarité : la réussite pour tous !

 

Nous, les élèves des années 50, avons été menés à la dure, il paraît que cela forge le caractère.… En tout cas, nous avons appris le sens de l'effort et le goût du travail bien fait, l'obéissance aussi, même si l'esprit critique, ferment indispensable de la laïcité, nous a toujours habités.

On disait autrefois, que tout soldat avait le bâton de maréchal dans sa gibecière ; les élèves de Cité ont eu la possibilité de réussir une carrière s'ils en gardaient la volonté.

 

Que nos enseignants dévoués en soient ici remerciés, je citerai en particulier Messieurs Perdiguès (mathématiques), Bastide (histoire-géographie), Mariot (espagnol), Planes (polyvalent !) et notre moniteur d’Éducation physique et sportive, Raymond Navarro récemment décédé.

 

Ce témoignage d'un ancien élève (promo 52-57) vaut contribution au devoir de mémoire et rend hommage à l'engagement professionnel sans faille de nos maîtres de cours complémentaire.

 

Jipe

 

* Cours complémentaire de Cité.

** Cours préparatoire, cours moyen 2ème année.

 

 

 

 

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